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LE DOUBLE GISEMENT DE
TUNGSTÈNE 
de Belle-Isle-en-Terre dans les côtes d’Armor.

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par Monsieur, Yves Lulzac, ancien géologue minier au BRGM
assisté par JJ Chevallier.

INTRODUCTION

Le tungstène, au même titre que le lithium, le cobalt, le nickel et certaines « terres rares » sont devenus des métaux stratégiques dont l’approvisionnement risque de poser certains problèmes pour ce qui reste de notre industrie.

 

Tant que nous aurons encore la possibilité de nous fournir auprès de producteurs étrangers à des prix compétitifs, le problème ne sera pas catastrophique mais si la conjoncture économique vient à évoluer en notre défaveur, nous nous verrons bien obligés de mettre en exploitation les quelques ressources qui ont pu être inventoriées en France au cours de l’Inventaire minier qui s’est déroulé dans les années 70 et 80 mais qui, malheureusement n’a jamais pu être totalement achevé.

 

Parmi les gisements de tungstène inventoriés et bien étudiés dans notre pays, il en est un qui se situe au lieu-dit Coat an Noz sur la commune de Belle-Isle-en-Terre dans le département des Côtes d’Armor, à environ  20 Km de Guimgamp et à  48  Km de Saint Brieuc.

 

Il s’agit d’un gisement dont la découverte a suscité bon nombre de polémiques car ne rentrant pas dans le cadre de la recherche minière faisant appel à des processus classiques.

 

En effet, au départ, le site fut découvert fortuitement dans les années 60 lors d'une campagne de prospection géochimique pour Pb et Zn effectuée dans le centre Bretagne (travaux BRGM dirigés par A. Birais). Il était plutôt connu, d'une part pour son petit gisement de galène argentifère découvert par le marquis de Goesbriant en 1710 puis exploité par le chevalier d'Arcy de 1766 à 1773; d'autre part pour ses petites exploitations de fer actives à partir de 1779.

 

Cependant, la présence de traces de wolframite avait été constatée en 1794 dans une petite galerie de mine effectuée dans le cadre de la reprise de recherches Pb et Zn. Présence signalée par le citoyen Balthazar Georges Sage dans le Journal des Mines de l'an III, puis vérifiée plus tard par L. Chauris en 1957.

 

En outre, on fera remarquer que la prospection alluvionnaire systématique à la maille kilométrique effectuée par le BRGM, de 1955 à 1970, n'a révélé ici que des traces très peu significatives de scheelite et de wolframite dans le réseau hydrographique local.

 

 

Ce district comprend deux sites principaux : le site de Toul Pors et celui du château de Coat an Noz.

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Gisements Tungstene de Belle Isle en terre-02.jpg

LE SITE DE TOUL PORS (Porz)

L'étude primitive de ce site, centrée sur une importante zone d'éboulis quartzeux minéralisés en wolframite et scheelite découverte par hasard par A Birais lors de ses prospections géochimiques pour Pb et Zn, à fait l'objet d'une prospection tactique géochimique sol pour W conduite en parallèle avec la campagne géochimique Pb-Zn. Cette prospection s'est soldée par la mise en évidence d'une anomalie de haut niveau, dépassant parfois les 450 ppm W, sur une superficie de 45 hectares en partie boisée. Etudiée plus tard par sondages tarière, tranchées, sondages carottés et sondages percutants, les minéralisations utiles s'expriment sous la forme d'un gîte multifissural et filonien qui recoupe un contexte amphibolitique et gneissique briovérien localement envahi par d'innombrables apophyses de granite leucocrate (granite de Toul Pors), probablement tardi-cadomiens. Vers le nord, cet ensemble paraît en contact anormal avec les terrains paléozoïques de la zone du château de Coat an Noz, par l'intermédiaire d'un filon de granite aplitique qui se signale en surface par une anomalie thermique de brillance mise en évidence en 1978 par le GTDA (Groupement de Télédétection Aérospaciale)

            Large d'environ 300 mètres et longue de 450 mètres, la zone minéralisée principale est constituée de veinules et filons quartzeux ou quartzo-feldspathiques de 1 à 70 cm de puisance, groupés en faisceaux ou prenant parfois l'allure de stockwerk à maille lâche. Ils sont minéralisés d'une manière très sélective selon la nature du contexte pétrographique traversé : wolframite, scheelite, chalcopyrite et bismuthinite dans leurs traversées amphibolitiques; molybdénite dans leurs traversées granitique et gneissique.

            D'autre part, la scheelite peut également minéraliser certains bancs amphibolitiques sous forme de petits cristaux dispersés d'une manière aléatoire.

            Cet ensemble représente un important potentiel tungstifère à teneur moyenne de 0,21 % WO3 calculée sur une vingtaine de faisceaux groupés sur une superficie d'environ 5.285 m²  Ce qui représente environ 33 tonnes de WO3 au mètre d'approfondissement dans l'état actuel des connaissance, en particulier pour ce qui concerne la géométrie réelle et vraisemblablement complexe des corps amphibolitiques concernés.

            La molybdénite n'a pas été retenue dans le calcul des réserves, les teneurs enregistrées étant trop basses.

Gisements Tungstene de Belle Isle en Terre
Notice BRGM.

LE SITE DU CHÂTEAU DE COAT AN NOZ

La phase terminale des travaux réalisés sur la zone de Toul Pors comprenait des sondages percutants de contrôle peu profonds. Le programme prévu touchant à sa fin, et la sondeuse étant sur le point d'être déplacée sur d'autres chantiers, un temps-mort de quelques heures fut employé à sonder rapidement l'aval pendage des travaux miniers réalisés jadis par le marquis de Goesbriant et le chevalier d'Arcy. Ceci, à titre de simple curiosité et afin d'avoir une idée sur le type de gîte plombifère anciennement exploité. Il faut savoir que ces anciens travaux se situent dans une zone à fort recouvrement plus ou moins marécageux, très excentrée par rapport à la zone précédente et donc de son anomalie géochimique.

            Pourtant, le premier sondage réalisé, au lieu de la galène espérée, a recoupé un niveau extrêmement riche en scheelite.

            Cette découverte, totalement fortuite et inattendue, est donc à l'origine de ce qui est actuellement le  principal objectif minier de Coat an Noz.

            Confirmé à l'aide de quelques sondages percutants, d'une tranchée et de 2 sondages carottés, ce nouvel indice fut ensuite étudié d'une manière détaillée par la S.N.E.A.(P) au moyen de nombreux sondages carottés qui ont démontré la présence de 5 niveaux de skarn de 1,5 à 8 m de puissance intercalés dans un contexte paléozoïque de quartzites et micaschistes albitiques. Ce skarn est essentiellement composé de vésuvianite, clinozoïsite, épidote, chlorite, apatite, fluorine et sa minéralisation métallique comprend scheelite, pyrite, pyrrhotite, blende noire, chalcopyrite et sidérite.

            Les réserves, calculées en prenant une teneur de coupure égale à 0,50 % WO3, représentent en tonnes :

            - Un potentiel certain évalué à 550.000 t de minerai à 1,22 %, soit 6.710 t de WO3.

            - Un potentiel probable de 720.000 t à 1,22 %, soit 8.800 tonnes de WO3.

            - Un potentiel possible de 1.100.000 t à teneur de 1,3 %, soit 14.300 t de WO3.

            Ce qui représente un objectif de taille européenne exploitable dans les conditions économiques actuelles.

 

            Il est bon de rappeler ici que ce gisement, entièrement caché, ne présente pas d'indices superficiels pouvant conduire à sa découverte : aucun éboulis caractéristiques ni de concentrations anormales de scheelite dans le réseau hydrographique local; aucune anomalie géochimique W de haut niveau, celle existante, de très bas niveau, pouvant être assimilée à une anomalie de fuite provenant de la zone de Toul Pors située plus en amont.

            Ce district, tout d'abord couvert par un P.E.R. accordée le 7 août 1980, a fait l'objet d'une demande en concession de 25 ans qui fut accordée le 4 avril 1989.

            Cependant, le traitement minéralurgique de ce minerai serait handicapé par la présence de fluorine en proportion pénalisante. Difficulté difficilement compréhensible quand on sait que le minerai de la mine d'Yxsjöberg dans le Västmanland en Suède, exploitée jusqu'en 1989, a présenté les mêmes caractéristiques que celles de Coat an Noz sans avoir posé de problèmes particuliers de laverie puisque cette mine a été productrice de fluorine et de scheelite.

CONCLUSION

Il faut donc reconnaître que la découverte de ces deux gisements ne peut être attribuée à  des processus classiques en matière de recherche minière.  D’une part celui de Toul Pors qui n’aurait pu être découvert que dans le cadre d’une prospection géochimique multiélémentaire alors qu’en réalité il fut localisé dans le cadre d’une géochimie Pb, Zn mais grâce à une prospection au marteau uniquement faite à l’initiative du responsable de cette prospection.

D’autre part celui du château de Coat an Noz dont la découverte n’est simplement due qu’à un concours de circonstance dans lequel le hasard a joué le rôle principal. et non pas la prospection géochimique dont les résultats, dans cette zone particulière, s’est révélée totalement inefficace.

 

A l’époque, il était question de rédiger un rapport de découverte destiné à être publié dans une revue internationale consacrée aux gîtes miniers, mais cela n’a pu se réaliser car il aurait été nécessaire de préciser que cette découverte n’était due qu’au hasard, chose qualifiée d’inadmissible.....

 

REFERENCES

            

  • Sage B.G. An III (1795). Journal des Mines. I, an III, p.83.
     

  • Kerforne F. 1922. Bull. de la Sté. Géol. et Minière de Bretagne.
     

  • Chauris L. 1957. Présence de wolfram à Coat an Noz, près de Belle-Isle-en-Terre (Côte du Nord). C.R.A.S. Paris, t. 245, p.2331-2333.
     

  • Lulzac Y. 1963. La région minéralisée de Coat an Noz. Etude préliminaire. Rapport BRGM du 30 octobre 1963, inédit.
     

  • Prouhet J.P. et Le Fur Y. 1977. Gisement de scheelite de Coat an Noz. Rapp. BRGM., inédit.
     

  • Lulzac Y. 1979. Les minéralisations tungstifères de Coat an Noz (Côtes du Nord). Etat des connaissances au 30 avril 1979. Rapport BRGM, 79 RDM 023 FE

PDF DE LA NOTICE DE LA FEUILLE BRGM 
BELLE ISLE EN TERRE

Mis en ligne le 5 mars 2026

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